Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 11:47

Un rêve. Cela c’était passé comme dans un rêve. Comment une telle rencontre, aussi improbable qu’imprévisible, avait elle pu se produire ? Le destin ? H. ne croyait pas au destin, impossible de croire que tout est déterminé d’avance et que la volonté de chacun ne peut que rester inopérante.  Moktub, « c’est  écrit », disent les peuples arabes dans une notion qui est autrement plus complexe que celle de croire que tout ce qui arrive, de bon ou de mauvais, est l’œuvre d’une hypothétique détermination. Selon eux, chaque être a une légende personnelle, certains, très rares, l’accomplissent, la mènent à bien, d’autres s’égarent dans des contraintes et conformismes inhibiteurs. H. préférait croire que l’homme,  de par sa volonté propre,  est libre de façonner sa vie, libre de s’investir, de se battre, de bâtir sa propre construction.

Cependant, nous, on est libres de croire ce qu’on veut. C’était une rencontre parfaite. Et puis, pourquoi eux ? On peut dire qu’ils étaient disparates et bien éloignés l’un de l’autre, alors… pourquoi eux ?

H était le genre d’individu toujours insatisfait. Il était capable de se battre comme un loco, un fou, pour obtenir quelque chose et, lorsqu’il l’obtenait enfin, cela ne l’intéressait plus autant. C’était comme un besoin, comme s’il s’imposait une quête personnelle sans cesse remise en question. Il avait exercé pas mal d’occupations dans des endroits divers et sa vie s’était construite  comme un puzzle au gré des événements, des adversités et des petits bonheurs.

Malgré son esprit, disons, immatériel, il ne pouvait s’empêcher de vouloir comprendre, de savoir le pourquoi, d’expliquer les phénomènes et les contingences de l’existence. « C’est comme ça…, c’est la vie… », étaient des arguments légèrement simplistes, il les écartait d’un revers de main froid et décidé et, lorsqu’il se posait la question de savoir ce qui avait provoqué l’événement, ce qui avait fait qu’à ce moment précis, ils s’étaient trouvés côte à côte devant « La Création de l’Homme »…, imprégnés de cet univers onirique, de cette magie presque enfantine, merveilleuse et fantasmagorique à la fois, sa réflexion se heurtait à des impossibilités, à des notions invérifiables, alors, il se remettait à un désordre cosmique, à une hésitation commise dans l’espace temps, à un tremblement infime de la stabilité de l’univers.

H la trouvait merveilleuse. Il cultivait parfois le cynisme « les gens me sont indifférents, c’eux qui sont  vraiment exceptionnels, nous font percevoir à quel point nous sommes, nous mêmes, insignifiants. Quant aux autres… » disait-il sur le ton de la boutade. En temps normal, la rencontre n’aurait pas eu lieu. Cela ce serait terminé par un bref échange poli, dans un musé, face à un tableau de Chagall. C’étai tout le temps comme ça, « à quoi bon lier connaissance, à quoi bon s’attacher, on finira toujours par décevoir ou être déçus ». Mais, à ce moment précis, où de forces étranges se sont mises à l’œuvre on ne sait par quel mystère, cette logique, aussi forte et implacable soit elle, n’a pas tenu. Une petite voix résonnait dans sa tête « ne la laisse pas partir, fais quelque chose… invite là à prendre un verre. Non,  un café c’est peut-être mieux. Ou à faire une promenade, aller au bord de la mer… ou à diner…, arrange toi, ne laisse pas s’en aller, il ne faut pas quelle parte… », impérative et pressante. Alors, il n’a plus cherché à maitriser quoi que ce soit, il perdit même ses moyens, bafouilla et fut désarmé par son sourire et par son aisance. « Un café ? Avec plaisir… » fit elle en riant, ajustant mécaniquement ses cheveux.

H sentait que son cerveau s’était embrumé et il avait l’impression que ses jambes s’appuyaient sur quelque chose de cotonneux. C’était comme si le monde avait disparu, évanoui le brouhaha de la ville, évanouis les passants dont l’observation l’amusait la plupart du temps, et qu’il ne restait que cette femme qu’il ne connaissait pas, qu’il venait de rencontrer. Et il se sentait gauche et avait l’impression de ne dire que des inepties. Et il la regardait, il regardait ses cheveux, ses yeux, sa bouche, le mouvement de ses lèvres articulant un torrent de mots. Et il regardait son sourire. Et elle avait un sourire éclatant, un sourire confiant et franc. Il regardait aussi ses épaules dénudées, le débardeur moulant, sa poitrine qui s’agitait au rythme de sa respiration…

Combien de temps sont-ils restés là à parler de choses et d’autres, à parler d’elle et de sont travail de libraire, de livres, d’écrivains ? H avait perdu la notion du temps  et ne s’en souciait pas le moins du monde. Il se sentait bien, rassuré, au même temps très confortable et très agité. Un grand nombre de choses se bousculaient dans sa tête, des images allaient et venaient à une vitesse vertigineuse, puis il était temps pour elle de partir et il fut pris de panique. « Des amis me prêtent une maison dans l’arrière pays, accepteriez vous de venir dîner ce soir ? » Elle eut un petit mouvement de surprise et il cru voir de la satisfaction dans son petit sourire. « Ce soir c’est impossible. Cela vous irait demain ? » Ils étaient début sur le trottoir et il lutait fortement pour ne  pas la prendre dans ses bras et l’embrasser. « Demain, sera formidable » et il est resté à la regarder s’éloigner. Elle avait une démarche souple, confiante mais décidée, sure d’elle. Avant de disparaître à l’angle de la rue, elle s’est retournée l’légèrement pour lui adresser un petit signe discret.

 

H s’impatientait. Il l’a regardait et des images commençaient à se bousculer  dans sa tête. Des images où il l’a prenait dans ses bras, la caressait, l’embrassait sans retenue… La soirée se passait formidablement bien. La conversation, tout comme le dîner, était légère, aérienne et très agréable. Elle était arrivée rayonnante, portant une robe noire élégante et légère avec des escarpins à talons d’un rouge discret. Elle avait tiré ses cheveux dorés en arrière, ce qui mettait en valeur les traits de son visage. H était subjugué par son expression juvénile  et par sa fraicheur radieuse, alors qu’elle avait, d’après ses conjectures,  franchi la trentaine…

La maison se trouvait en bordure d’un village perché. L’air, en ce début de printemps, était doux, purifié, et la lumière d’un éclat indéfinissable.  Ils étaient restés un long moment accoudés à la balustrade, au fonds de la terrasse, admirant la vue plongeante sur la vallée. Tout en bas, la rivière serpentait au milieu d’une vaste gravière, prenait ses aises dans des courbes aléatoires, se scindait ici et là pour former des bras autonomes qui devenaient à leur tour de petits ruisseaux disséminés au sein d’une végétation éparse et rustique. Plus loin, à l’horizon, la rivière s’uniformisait, s’unifiait, comme pour rassembler toutes ses énergies, comme pour mieux affirmer et sublimer le mystère du perpétuel mouvement des eaux. C’était, au même temps, une rencontre, une finalité et un aboutissement, car à l’horizon,  il y avait la mer l’accueillant en son sein, calme et paisible, indifférente à la débauche de civilisation qui s’agitait frénétiquement tout au tour. Puis, les couleurs se confondaient et on ne saurait plus différencier la terre du ciel.   Sur les berges, un ensemble hétéroclite de bâtiments aux toits multicolores et façades bigarrées, de terrains vagues, de friches industrielles, de routes qui étaient comme des veines conduisant un flot incessant d’activités, d’artères soumises à un flux et reflux aussi imprévisible qu’anarchique . Les différentes tailles et alignements de cet ensemble qui s’étalait à leurs yeux faisaient penser au délire créatif et fiévreux d’un enfant découvrant subitement toutes les possibilités offertes par son énorme boite de légos.

 Le soleil, approchant du zénith, renvoyait des éclats de brillance contrastant avec les ombres projetées par la montagne opposée. C’était un appel à la poésie et à la rêverie.

H s’impatientait mais ne voulait pas le montrer, il hésitait sur la conduite à tenir. Se montrer trop entreprenant pouvait être mal interprété et tout compromettre, tout gâcher… ne rien faire, ne rien tenter, conduirait exactement au même résultat. Accablé par ce dilemme et légèrement agacé par le petit sourire amusé et permanent de son invitée, H se leva et se dirigea à l’intérieur de la maison pour mettre un cd sur la platine. Lorsque les première notes de « I want love » (la consonance du titre n’était que fortuite. La pille de disques étant assez imposante et le gout musicale de ses amis large et divers, il avait renoncé à faire un choix et pris un volume au hasard) envahirent la pièce, qu’il se retourna assez incertain pour rejoindre, sur la terrasse, l’objet de tous ses désir, elle était là, devant lui, son sourire et la blondeur de ses cheveux gagnant encore en relief dans la pénombre. Il remarqua la légère rougeur de son visage, comme si elle était en proie à une chaleur intense malgré la relative fraicheur de la maison, puis senti son propre rythme cardiaque s’accélérer brutalement. « Si on s’embrassait ? » dit-elle avec un filet de voix, légèrement rauque.

Voilà. Elle l'avait dit finalement. Elle avait osé.

Sa raison avait bataillé longtemps avec ses envies. Ces dernières avaient, telle une crue, démontées avec une facilité déconcertante les multiples raisons vers lesquelles elle s'était tournée.

Maintenant, elle avait l'impression de s'être empourprée de la tête aux pieds. Il avait plongé son regard dans le sien et sans répondre l'avait entourée de ses bras pour la ramener avec force contre lui, dans un geste impératif emprunt d’un désir que plus rien ne contenait.

Elle eu tout à coup du mal à tenir sur ses hauts talons mais la fermeté des bras de H. lui donnait à penser qu'elle ne craignait rien. Elle se laissa aller à l'étreinte et ferma les yeux, dans une attente incertaine, la bouche gonflée par l'envie, légèrement entrouverte. Il fut gourmand mais patient. Ce fut un baiser délicat qu'il déposa en premier lieu sur sa bouche, telle une brise caressante. Elle se colla plus à lui et attisa ainsi une approche plus passionnée. Il la prit par la nuque et approfondit son baiser. Leurs langues se mêlèrent avec impatience. Il lui caressait la nuque et les épaules et la douceur de sa peau était comparable à un pétale soyeux. Le bout de ses doigts formait une alchimie parfaite avec sa peau. Pendant qu'elle avait passé la main dans ses cheveux, il s'aventura à l'ouverture des boutons de sa robe, juste à la naissance des seins. Il avait tout loisir d'admirer pendant la soirée ce décolleté qui lui semblait un jardin de délices.

"Dieu que c'est bon" songea-t-elle. Elle pouvait sentir à présent son désir contre sa cuisse. Elle aimait cette virile assurance, promesse de beaux moments à venir. Un frisson la parcourut. Ce fut à lui de lui murmurer au creux de l'oreille d'une voix rauque : - Vous avez froid. Rentrons au salon, voulez-vous ? Il la souleva avec facilité et la porta sur le confortable canapé qui semblait posé là pour les attendre. En l'étendant, il effleura tous les centimètres carrés de sa peau qui n'étaient pas couverts par le tissu de sa robe. Ses soupirs lui laissaient penser qu'elle appréciait au delà des mots ses caresses. Elle n'était plus qu'une chose entre ses doigts. Elle n'avait plus qu'une envie : qu'il la prenne là, maintenant, sauvagement, réservant à plus tard d'autres tendresses. Comme s'il avait entendu sa silencieuse prière, il déboutonna violemment, au risque de déchirer sa robe, la volée de petits remparts que constituaient les minuscules boutons, découvrant sa peau blanche nacrée et des sous-vêtements en dentelle au pouvoir érotique incontestable. "Diable", songea t-il, je ne me savais pas aussi brutal ! Ses doigts capturèrent un sein qu'il entreprit de sortir du carcan du soutien-gorge tout en approchant goulument sa bouche. Il s'empara du sein et tout en le caressant délicatement, il suça avec force le mamelon, ayant pour objectif de faire gonfler ce dernier. Mission accomplie ! Il regarda avec fierté son œuvre qui avait triplé de volume sous les gémissements appuyés de son invitée. Son autre main n'avait pas chômé et avait parcouru toutes les zones érogènes, en reconnaissance.

Sa bouche descendait maintenant en rappel vers l'objet de tous ces désirs depuis qu'elle avait envahi ses pensées…

Alors, ils cessèrent de penser, de réfléchir. Ils n’étaient plus qu’une sorte de terminal à sensations doté de capteurs d’une infinie sensibilité.

Des sensations vertigineuses, des caresses partagées, des soupirs, des cris, des murmures, des chuchotements… ils étaient hors du temps, seuls dans l’espace.

La musique s’est éteinte, une brise douce pénétrait dans la pièce par la porte restée ouverte, le vin se réchauffait dans les verres restés à l’extérieur et le dessert glacé fondait lamentablement en prenant une forme disgracieuse, mais ils restèrent insensibles à tout cela, incapables de se détacher l’un de l’autre, chaque geste, chaque caresse, chaque baiser étant une source de délicieux plaisir. C’était comme s’il y avait de la magie dans l’air, comme si une force inconnue les avait attirés l’un vers l’autre et les avait conduit dans ce lieu pour qu’ils vivent ce moment puissant où le désir allait se libérer et s’accomplir sans qu’aucun subterfuge rationnel, aucune contrainte liée au monde réel qui continuait d’exister là dehors, ne vienne s’interposer… 

 

Puis le matin envahit la pièce avec des zébrures de lumière s’infiltrant entre les larges lattes des stores. H cligna des yeux… une douleur violente à l’épaule, un besoin impératif de bouger… puis, reprise de conscience, éveil lent, cotonneux… Stella dormait la tête sur son épaule ce qui justifiait la douleur. Eveillé maintenant… le désordre dans la pièce, les vêtements pelle mêle… faire abstraction de la douleur, de l’enkylosement… la regarder dormir, ne pas bouger, la garder encore un peu, admirer son visage reposé, sa respiration régulière et paisible, sa petite moue juvénile… déjà il se savait conquis, vaincu…   puis, Stella ouvrit les yeux, le regarda sans surprise, lui sourit, moment de ravissement, s’étira, féline… petit baiser tendre, petit bonjour « Mon Dieu, que je suis en retard ! Tu es un monstre… tu aurais pu me réveiller… ». Elle s’extirpa à son contact, rassembla ses vêtements… « C’était bon de te regarder dormir» dit il, au même temps justification et affirmation. S’emplir d’elle, de sa présence, la regarder aller et venir à travers la pièce,  observer son aisance naturelle, nue, un brin provocatrice, s’emplir de ses mouvements précis, de la grâce de ses gestes, s’emplir d’elle, terriblement féminine, terriblement parfaite…

Après un court passage à la salle de bains elle revient vers lui avec un sourire éclatant « j’ai passé une charmante soirée et une nuit fabuleuse, merci… », le regarde, encore allongé, s’amuse de sa male nudité « tâche de ne pas prendre froidce serait dommage d’attraper un rhume ! ».  Puis, une caresse légère « Je dois partir, on s’appelle plus tard ? »  Sa main reste dans la sienne un court instant, les yeux dans les yeux, un court instant … « On s’appelle plus tard… » Avant qu’elle ne disparaisse, la porte déjà entre ouverte « Stella ?... »,  la voir se retourner, garder l’image de son beau visage, de sa chevelure dorée dans le halo de lumière, brillance pure du matin « Moi aussi, j’ai passé une nuit fabuleuse… », et encore ce petit geste ravissant qu’il avait déjà observé, en ville, le jour de leur rencontre « A plus !».

 

On peut dire qu’ils n’allaient plus se quitter. Tout le temps qu’allait durer le  séjour de H sur la Côte, tout leur temps libre était consacré à l’un l’autre. H passait parfois, à l’improviste, à la librairie… C’était amusant, ils faisaient semblant de ne pas se connaitre, il s’attardait examinant les ouvrages sur les présentoirs, lui demandait des renseignements, sollicitait ses conseils sur tel ou tel ouvrage… et, dès que les circonstances étaient favorables, ils échangeaient des courts baisers, comme des collégiens timides et inexpérimentés et cela les rendait fous.

Très souvent, elle venait passer la nuit dans la maison du village perché. Ils se parlaient, se regardaient, partageaient des histoires et des expériences. Puis, invariablement, ils faisaient l’amour. Ils ne disaient pas « faire l’amour », ils disaient « faire du sexe ». Ils avaient le sexe joyeux, souvent en pleine lumière, pour mieux se voir, s’admirer, jouir des formes de l’autre, des expressions de l’autre, pour échanger des regards, des rires. Du sexe joyeux, c’est ça… découvrir le corps de l’autre, ressentir les émotions de l’autre, se livrer sans pesanteurs, rire des maladresses, des hésitations… C’étaient des moments d’une grande volupté, d’harmonie, presque de plénitude car la tendresse était toujours présente et, chaque fois, elle s’endormait et se réveillait dans ses bras.

H l’entourait de ses bras, elle se collait contre lui en lui tournant le dos et s’endormait paisiblement. H restait éveillé, longtemps, s’efforçait de rester parfaitement immobile, de respirer doucement, presque imperceptiblement et laissait voguer ses pensées.  Quand, parfois, elle éprouvait quelques difficultés à s’endormir, il lui murmurait des histoires d’une voix douce jusqu'à ce qu’il sente son corps se détendre et sa respiration devenir plus lente. Il fouillait dans sa mémoire et ressortait des récits lointains, remontait à son enfance et, presque endormie, la voix déjà légèrement pâteuse elle murmurait « j’adore tes histoires ».

En fait, ils étaient raides amoureux ou alors c’est à ne plus rien comprendre, mais ils ne se l’avouaient pas. Leur rencontre avait cette dimension éphémère qui n’appartient qu’aux choses parfaites. Ils parlaient assez peu de leurs propres vies, ils étaient des amants qui se laissaient prendre par le flot des émotions, dangereusement, et ce qui aurait du rester occasionnel, se transformait en un lien extrêmement puissant et impossible à briser.

Ephémère, voila un qualificatif qui allait bien à leur relation. Ils le savaient, et des silences pesants et lourds de sens venaient s’immiscer entre eux brisant cette harmonie, qui sans être artificielle, restait difficile à perpétuer. La charmante et agréable maison du village perché se transformait alors en une sorte de huit clos oppressant et irrespirable et le besoin de sortir, de s’évader, d’aller vers la foule, vers l’agitation bouillonnante et chaude de la ville devenait pressant et impératif.

Le contact avec le monde, l’ambiance coloré et cosmopolite de la vieille ville, le brouhaha incessant des restaurants, la musique hypnotique et haute en décibels des boites de nuit diluaient les pensées sombres et ramenaient une sorte de frénésie instinctive et, de manière inconsciente ils s’efforçaient de vivre chaque moment comme s’il devait être le dernier.

 

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Stella s’était sauvée de la librairie plus tôt, ce soir là. Elle voulait être resplendissante malgré la fatigue qui commençait à s’accumuler dangereusement.

Devant l’amas de vêtements éparpillés sur le lit, l’enthousiasme fit place au découragement. Elle avait l’impression que rien ne lui allait, que rien ne lui plaisait et sentait une vague de spleen, une sensation de vide porteuse d’une tristesse injustifiée monter en elle.

« Rien ne me plait ! Non, c’est inexact, ce ne sont pas les vêtements qui posent problème. C’est moi le problème » murmura-t-elle sans presque se rendre compte qu’elle venait de s’exprimer à haute voix.  «Mais que t’arrive-t-il ? Allons, allons… on se remue ma vieille ! Ca va être une soirée magnifique », fit-elle toujours à haute voix, comme pour balayer les doutes et éloigner les appréhensions. Mais, la vérité c’est que le bonheur, lorsqu’il est trop parfait, peut devenir terrifiant et dévastateur. Un poids, comme une boule d’angoisse, s’était déjà installé. Elle commençait à le sentir peser dans son ventre. Insidieusement, il marquait de plus en plus sa présence.

 

Puis, de manière inconsciente, elle s’efforça d’avoir des pensées positives. C’était toujours un grand plaisir de se retrouver en compagnie de H, autour d’une bonne table. Un plaisir partagé. Au de là du plaisir purement épicurien, ces moments si particuliers leur permettaient d’être ensemble autrement, d’une façon moins formelle, comme une rupture périodique et salutaire de leur huit clos intime et passionné. Rien n’était jamais prévu d’avance et, au cours de ces dîners, les choses venaient d’elles mêmes, la conversation, les caresses sous la nappe tombante, les rires incontrôlés, une certaine ivresse qui les rendait bruyants et expansifs. 

Rêveuse, elle choisit un fourreau noir d’une élégance simples mais mettant parfaitement en valeur ses courbes arrondies et se prépara minutieusement, relevant sa longue chevelure en un chignon sauvage qui laissait s’échapper quelques mèches rebelles.

Elle accentua son maquillage, mit une touche de parfum, cadeau de H, au même temps subtil et robuste,  et fut enfin prête.

Elle consulta sa montre, « tout va bien ! Je suis à l’heure ».

Puis, la sonnerie du téléphone retentit dans la pièce voisine, « la barbe, qui ça peut bien être ? ». Elle décrocha presque à contre cœur. C’était Marie, la copine à l’instabilité sentimentale chronique, celle qui tombe toujours sur l’homme qu’il vaut mieux éviter et dont l’existence passe par des phases de béatitude alternant avec le désespoir le plus profond. C’était néanmoins une amie fidèle et une bonne personne.

-Salut Marie, quelque chose ne va pas ?... demanda-t-elle s’attendant déjà à une liste interminable de lamentations déchirantes ou à un monceau de récriminations toutes légitimes et fondées, avec moult détails et solide argumentation, envers son amoureux du moment.

- Rassure toi, tout va bien… juste une question à propos du Club...

La conversation s’éternisa, comme toujours et, en raccrochant, elle se rendit compte qu’il avait une heure de retard… mentalement elle remercia Marie d’avoir tenu son esprit occupé par un flot inépuisable de paroles.

Une certaine impatience commença à se manifester et Stella se mit à faire les cent pas, ses joues légèrement rougies dénotaient l’agacement qui bouillonnait en elle…

Il arriva enfin, magnifique dans son costume sombre, les cheveux ébouriffés et la barbe naissante. Furieuse, Stella allait lui dire ses quatre vérités mais, ne lui laissant pas le temps d’articuler le moindre mot, H l’a prise dans ses bras et l’embrassa longuement et passionnément…

- Désolé Stella, j’ai eu un contre temps !...

 Il laissa en suspens une éventuelle explication et elle ne posa pas de questions « il s’en sort bien… ça va pour cette fois » pensa-t-elle en ravalant sa colère diluée sous l’effet du baiser.

-Allons-y maintenant !

Petite phrase impérative laissant transpercer un certain dépit… un baiser c’est insuffisant, se dit H hésitant à passer le bras autour de ses épaules.

Dehors, le ciel déversait sur le sol une pluie fine mais pénétrante et le large trottoir devenait une sorte de miroir liquide et glissant avec des reflets étranges  et fantomatiques. Stella, craignant de glisser, se déplaçait avec une application qui surpris H. Indifférent à la pluie celui-ci l’observait « qu’elle femme extraordinaire… », voilà ce qu’il se disait tout en tenant la porte pour qu’elle s’engouffre dans la voiture.

- Quel restaurant as-tu choisi pour ce soir ?

- Le Bleu Argent.

- Ah….

- Un problème ?

- Non aucun mais je le trouve bruyant et pas très intime. Mais ce n’est pas grave, je suis certaine que nous y mangerons très bien.

Un silence s’installa entre eux jusqu’au restaurant.

Le voiturier ouvrit la portière et elle s’extirpa du véhicule dans un mouvement élégant, dévoilant ses longues jambes fines au regard du voiturier qui n’y fut pas insensible.

Une fois installés à une table proche de l’entrée, il lui jeta un regard de reproche sous jacent.

- Quoi ?

- La prochaine fois, ne mets pas de culotte, ainsi le voiturier profitera mieux du spectacle…

Interloquée, elle en resta bouche bée quelques instants.

- Tu es… jaloux ?!...

Il ne répondit rien, la dévisageant avec une férocité qu’elle ne lui avait encore jamais vu.

- Mais… C’est hallucinant !

Le serveur arriva fort à propos pour prendre leur commande et récita avec une voix atone sa carte des menus.

La tension était palpable.

- Vous voudrez bien indiquer en cuisine que nous sommes pressés s’il vous plait.

- Mais bien sur, Monsieur.

Bien qu’habitué à la mauvaise humeur des clients, il sentit qu’il ne devait pas s’attarder, sous peine de subir les foudres de celui ci.

Une fois le serveur reparti, le silence s’installa à nouveau entre eux.

Enfin, le silence… Elle songea qu’elle avait raison de ne pas aimer ce restaurant.

Ils étaient placés prés de l’entrée, avec pour corollaire un va et vient constant, des courants d’air et beaucoup de bruits. La mauvaise humeur de H lui laissait une impression de surprise et un certain malaise. Elle ne put s’empêcher de penser que, au fond, elle ne savait pas grand-chose de lui. Il s’était montré très vague sur ses occupations « affaires » avait-il dit, « j’achète et je revends… ». L’espace d’un instant elle se dit qu’elle devrait le presser de questions, là, sur le champ, pour essayer de savoir qui il était vraiment…  Puis, à bien regarder son visage elle y décela en plus d’une mauvaise humeur évidente, une marque de tristesse, comme s’il y avait quelque chose de brisé à l’intérieur. Elle ne sut plus quoi penser et une foule de choses est venue peupler son esprit l’empêchant d’apprécier la nourriture qu’elle avait devant elle, ôtant le gout au vin. Pour la première fois depuis qu’ils dinaient ensemble elle mangeait de manière mécanique, sans éprouver le moindre plaisir, pire encore, ils mangeaient en silence comme s’ils n’avaient plus rien à se dire…

 Stella comprit que la soirée était un vrai désastre et elle sentit la boule d’angoisse grandir dans son bas ventre. Lorsqu’il demanda l’adition, elle sentit presque comme une délivrance. Ils allaient enfin quitter cet endroit sinistre et, la pluie fine qui tombait encore à l’extérieur lui sembla merveilleusement rafraichissante et bienfaisante. Ils sont restés là, immobiles et indécis ne sachant pas comment rompre le silence.

- Je te demande pardon, je ne me sens pas très bien… Je crois qu’il vaut mieux que je rentre chez moi ! Finit-elle par dire avec un regard vague et une pointe de tristesse et de déception dans la voix.

- Non, je t’en prie… Il semblait tiraillé par une force invisible, par un doute, peut être de la panique… Puis, semblant se ressaisir, il se mit à la regarder droit les yeux, un bref instant qui parut une éternité, et soudainement la serra contre lui en murmurant :

- Je suis navré Stella, il y a des jours ou tout va de travers… ce n’est qu’une mauvaise journée… une mauvaise soirée… faisons comme prévu… demain ça ira mieux …

Dans ses bras elle ne se sentit plus la force d’argumenter :

- D’accord, rentrons maintenant.

 

 

 

Lorsque Horacio se réveilla le matin suivant, l’aube envoyait une lumière pâle et douce à travers l’immense baie vitrée. Il avait dormi d’un sommeil agité, sans doute le résultat de la pénible soirée  de la veille, et mit un certain temps à s’éveiller tout à fait. Peu à peu, il distinguait avec plus de précision les contours de la chambre.

C’était une grande pièce, avec peu de meubles. Contre le mur du fonds, près de la fenêtre, se détachant peu à peu de l’ombre, trônait une coiffeuse à l’air lourd, surplombée d’un grand miroir. Devant elle, un fauteuil en osier flanqué de coussins mauves. Il avait l’air délicat et fragile ce fauteuil, il avait quelque chose d’intrinsèquement féminin, il le trouva beau et mystérieux ainsi enveloppé de pénombre, comme s’il avait une vie propre, une fonction cachée…

Le regard d’Horacio erra au tour de la pièce pour venir se poser sur Stella qui dormait profondément à l’autre bout du grand lit. A ce moment de l’aube, elle était juste une forme immobile et il distinguait à peine les traits harmonieux de son visage serein et détendu dans le sommeil. Il s’approcha, senti le souffle de sa respiration et la douce et suave chaleur qui émanait de son corps. Elle dormait nue et l’avancement de la saison n’autorisait que la légèreté d’un drap qui laissait deviner des formes d’une beauté et d’une harmonie à couper le souffle.

Elle n’était pas très grande mais dotée d’un physique  souple et admirablement proportionné. A la voir ainsi, alanguie et abandonnée dans le sommeil, la poitrine se soulevant régulièrement au rythme de la respiration, Horacio sentit monter en lui une forte excitation, une envie irrépressible de la caresser et de l’embrasser.

Ne pouvant plus se contenir, Horacio posât doucement la main sur le visage de Stella qui demeura immobile. Il resta un long moment sans bouger, juste à regarde son visage, puis, très lentement, ses doigts commencèrent à se mouvoir dans une caresse légère et presque imperceptible. Il effleura le contour des lèvres, du nez, des yeux, il passa sur le front et les cheveux qui se répandaient sur l’oreiller et qu’il trouva soyeux. Il caressa un peu plus fermement la nuque et s’attarda sur le contour des oreilles. Elle ne se réveilla pas mais se détendit avec volupté et un sourire s’affichait maintenant sur ses lèvres. Il adorait la voir sourire ainsi et cela redoubla son excitation.

Après, de ses lèvres, il l’explora comme si la totalité de son corps était à découvrir, il sentit la douceur de sa peau que le sommeil rendait encore plus soyeuse, il s’attarda sur la base du cou, sur la poitrine, effleura délicatement les seins, sentit les bouts se raidir et les enveloppa tendrement dans ses lèvres. Elle haletait doucement et il prolongea sa caresse, légèrement, sans la réveiller, puis sa bouche descendit le long du ventre, ses lèvres effleurèrent le petit triangle pubien et ne s’y attardèrent pas, pas tout de suite… il voulait éveiller son désir tout en la gardant endormie le plus longtemps possible.

Lentement, doucement, tendrement il fit en sorte quelle se place un peu sur le coté et eu ainsi devant les yeux les dômes doucement arrondis de son postérieure. Il laissa sa bouche errer sur le contour des douces collines, s’attarda le long de cette douce vallée qui se forme entre elles, l’explora du bout de la langue, senti que le désir s’éveillait tout à fait, descendit le long des cuisses, des jambes, jusqu’au bout des pieds, embrassa chacun de ses orteils, puis la remit sur le ventre, lui replia les jambes, caressa l’intérieur des cuisses, puis, de sa langue, il entreprit de caresser le pourtour de cette zone assimilée au paradis. Sa langue allait et venait le long de l’aine, s’attardait aux abords du petit triangle de poils pubiens qui surmontait une vulve impeccablement rasée. Horacio voulait retarder le moment le plus possible, sentir le désir de Stella gonfler au même temps que le sien. Elle haletait un peu plus fort maintenant et ses gémissements se faisaient plus forts aussi.

Alors, du bout de la langue, il toucha les grandes lèvres, les caressa, les écarta, et ce qu’il découvrit en dessus était rouge et brillant. Il sentit leur excitation mutuelle monter encore et encore. Les petites lèvres étaient repliées sur elles-mêmes, elles formaient un abri, une protection pour la plus précieuse des perles. Il les écarta en douceur, de la même manière qu’ont ouvrirait le plus délicat des écrins et la petite perle s’offrit à lui sans aucune retenue. Maintenant ses caresses se faisaient plus précises. La langue allait et venait. Elle explorait tout ce qui avait à explorer, avec passion. Il la sentait incroyablement détendue, prête, pas encore tout à fait éveillée mais déjà débordant de désir.

Il accentua son action sur cet endroit précis où, il le savait, ça faisait le plus d’effet, là où c’était divinement bon. Il sentait, au mouvement rythmé de ses anches, à la respiration de plus en plus haletante, aux gémissements que devenaient des petits cris de plaisir, qu’elle était désormais éveillée. Il fit un effort pour regarder son visage. Elle souriait, ses yeux étaient clos et sa tête dodelinait de gauche à droite et de droite à gauche. Pendant que l’action de sa langue se poursuivait, il plaça ses doigts sur l’entrée du vagin. C’était chaud, c’était humide, c’était délicieux. Il caressa d’abord ici, à l’entrée, aux abords, sans rien précipiter, puis ces doigts partirent à la recherche de cette petite grosseur située pas trop loin, la trouvèrent et la sentirent grossir légèrement sous la pression. Elle avait maintenant une respiration fortement agitée, ses gémissements étaient plus intenses et elle prononçait des mots confus, un peu comme lorsque l’on parle en dormant. Tout son corps était agité, éveillé, elle bougeait les hanches de plus en plus vite, soulevait incroyablement haut son bassin, et lui, heureux d’avoir éveillé son désir, s’appliquait à suivre ses mouvements pour que rien ne s’interrompe. Impossible de dire combien cela a duré mais ses gémissements à elle devinrent de plus en plus forts, de plus en plus rauques et sa respiration à lui de plus en plus agitée.

Leurs mouvements étaient de plus en plus rapides, il avait maintenant emprisonné la petite perle entre ses lèvres, il l’aspirait et la triturait tout en accentuant l’action de ses doigts à l’intérieur et, soudain, il sentit comme une petite pluie fine se déverser sur son visage, puis ce fut tout un flot de cyprine qui le noya. C’était incroyable, elle l’avait fait… Alléluia ! C’était la fête, c’était bon, c’était exquis, le pied, le top… le nirvana.

Puis, il desserra lentement la pression, laissa errer ses lèvres sur le bas ventre de la jeune-femme haletante, s’attarda entre les seins où il perçut une chaleur douce, tendre, suave, puis l’embrassa avec passion.

Elle répondit à son baiser sans retenue et, lorsqu’il entra en elle, elle poussa un petit cri de surprise et de ravissement et ses mains bâtirent le matelas dans une sorte de geste réflexe. Il entra en elle avec douceur, avec des mouvements pas trop profonds au début, ses va-et-vient étaient lents à dessein, ses frottements cherchaient à s’exercer là où les sensations sont plus fortes. Puis, son bassin à elle se mit à onduler dans une sorte de danse langoureuse qui allait en s’accélérant. Lui il suivit. L’ondulation de son bassin à elle s’entrecoupait de brusques poussées vers l’avant qui faisaient se heurter leurs pubis provocant délicieuses sensations. Il la sentait inondée de cyprine et son désir se fit de plus en plus insoutenable. Tout s’accéléra, les va-et-vient devinrent profonds, rapides ils heurtaient, à chaque poussée, les bases spongieuses et douces. Que peut-il y avoir de plus doux ? Elle gémissait de plaisir, des gémissements entrecoupés de cris rauques, fortement expressifs, puis il sentit comme un flash remonter le long de son épine dorsale et quelque chose a enveloppé son cerveau d’une torpeur douce et planante, il vit des lumières et des étoiles, des pensées incohérentes se sont bousculées dans sa tête, des images paisibles, des couleurs et des lumières… Oui, oui, oh, oh, oh, oh oui, oui!!!

Je jour s’était levé tout à fait, maintenant. Le soleil commençait à entrer joyeusement dans la pièce. Elle s’étira longuement, soupira puis se tourna vers lui, le regarda d’un air étonné, comme si elle venait de se réveiller :

_ Bonjour, mon ange ! dit-elle en s’étirant encore, un sourire amusé sur les lèvres.

Voilà une journée qui commence bien, songea t-il, la regardant sans rien dire.

 

Oui, humm, que cette journée s’annonçait sous les meilleurs auspices songeait-elle de son coté. Il y avait-il meilleur réveil que celui qu’elle venait de vivre?

Sans le savoir, d’instinct, il venait de réaliser ses fantasmes et ses rêves  d’adolescente. La tendresse dont il avait fait preuve, sa douceur, son abandon avaient fait s’envoler le ressentiment et les doutes de    la veille.  Tout allait bien, c’était son ange… il lui avait procuré un plaisir insensé, une jouissance lumineuse,  au même temps féroce et douce. Tout ce dont elle avait toujours rêvé.

C’est étrange, pensa-t-elle un moment songeuse, qu’est qui fait que c’est si… fusionnel ?

Le côté galvaudé du terme la fit sourire et elle ne put s’empêcher de se dire qu’après tout elle ne lui avait  laissé entrevoir qu’un aperçu d’un ensemble de sensations et réactions que ces circonvolutions linguales pouvaient déchainer en elle …

Amusée, elle se leva pour aller préparer le petit déjeuner. Le drap glissa sur sa peau soyeuse et accompagna son mouvement. Elle savait qu’il la regardait. Elle était nue. Le jour découpait ses formes et elle respirait la sensualité, tout le plaisir qu’elle venait de ressentir était encore inscrit sur son visage. Elle se retourna pour contempler son effet. Il était beau, son ange, dans la lumière pâle du matin, un sourire serein au coin des lèvres.

Soudain, elle eu une envie. Une envie irrépressible de se glisser encore tout contre lui, contre son corps, contre sa fougue, contre sa virilité.

Il était encore tôt. Et puis…non. Elle décida de le faire un peu languir.

Sous son regard, elle alla dans la cuisine. Une petite brise parcourue son corps quand elle ouvrit les volets. Le soleil l’enveloppa. Elle se cambra et sentit la tension de son ange faire un bon.

Il se leva brusquement et vint la rejoindre à la fenêtre. Face à eux, la descente en pente douce vers la rivière, l’air purifié, un monde qui se mettait à vivre, verdoyant, sous les rayons du soleil.

Il se plaça derrière elle, tout contre et la serra avec force, pour lui faire sentir toute la puissance de son désir de nouveau bien présent.

Mutine, elle se frotta langoureusement contre lui. Leurs gémissements se mélangèrent. Il la caressa, enroulant ses seins de ses mains et la noyant de baisers dans le cou.

Elle se retourna et ponctua chaque millimètre de son corps de baisers doux et langoureux, s’arrêtant sur ses mamelons qu’elle aspira délicatement tout en jouant avec eux.

Elle descendit le long de son corps et quand sa langue enveloppa sa tige, il crut défaillir. Il poussa un cri de surprise et ouvrit les yeux.

Elle était à ses genoux, appliquée à lui rendre le plaisir qu’il lui avait offert tantôt.

Tout en griffant avec délicatesse ses bourses, elle le prit goulûment dans sa bouche, imprimant un rythme profond et soutenu à sa caresse.

Elle sentait monter en lui un plaisir furieux ; il avançait son bassin en rythme, gémissant d’une voix caverneuse et en lui caressant les cheveux.

Quelques secondes avant le point de non retour, il la releva.

Il aurait pu continuer, et finir ainsi, il le savait mais il avait envie d’être fou, un peu plus encore que d’habitude.

Il la retourna et la fit se tenir à la balustrade. Et là, face à ce monde naissant, ces lambeaux de prairie verdoyante, face à cette  douce luminosité, à ce parfum de rosée bienvenue, il la prise. Presque sauvagement. Il glissa en elle, dans ce chemin mystérieux, emprunté depuis des milliers de générations, et à son humidité, il comprit qu’elle le suivrait rapidement sur les chemins de l’extase.

Accroché à ses hanches, et à ses seins, il la souleva presque de terre, tout en criant son plaisir. Elle…avait déjà réveillé tous les êtres vivants à mille lieues à la ronde… Elle jouit la première, l’emportant lui aussi avec elle. Sa jouissance explosa comme une pluie d’étoiles dans sa tête et se répandit à un rythme infernal dans la moindre parcelle de son corps, la laissant pantelante et enivrée. Quand il sentit les contractions de son intimité, il se laissa aller et ses sensations se firent démesurées. Il trembla de tout son être et ferma les yeux de bonheur. Ce n’était plus le pied ou le nirvana, non… c’était autre chose. Quelque chose de nouveau encore. Comme à chaque fois qu’ils faisaient l’amour.

Il la prit délicatement dans ses bras et la porta jusqu’au lit. Le petit déjeuner allait devoir attendre encore un peu…

 

°°°°°

Maintenant, il fonçait à toute allure vers son autre  vie.

Il venait de la quitter, c’était prévu, écrit, inévitable.

Son esprit était brumeux, noyé dans une grande confusion. Il se sentait sombre et déprimé, son visage montrait un signe triste causé par l’irréparable et le définitif. Tout ça est stupide, se dit il avec une certaine colère envers lui même, comme s’il était possible de contrôler les  sentiments…

Il se disait aussi qu’il lui suffirait d’un peu de courage, qu’il lui suffirait de regarder les choses en face, sans détours, et de réagir en conséquence. Regarder les choses en face, tel le taureau prêt pour la bataille.  Horacio ressassait toute ces choses avec une sorte d’auto mépris qui finissait par atténuer toute colère envers soi même. Il détestait l’idée de se sentir déprimé et fataliste mais du admettre, dans un jugement froid et lapidaire, que sa vie n’était qu’une fuite permanente.

Mélancolique, il ne pouvait empêcher ses pensées d’aller vers Stella. En fait, elle ne les quittait jamais, ses pensées. Un caléidoscope bouillonnant d’images et de souvenirs sortait de sa mémoire et se mettait à défiler devant lui comme dans un filme. Les moments parfaits, les rires, la complicité et le désir qui planait en permanence, comme un lien, un fluide, une énergie commune.

Le désir … c’en était là le premier lien, l’ingrédient principal, l’élément d’intensité, de force, l’élément qui apportait la magie.

La magie c’est le bonheur, simples, parfait comme une rivière qui coule, mais Horacio n’était pas magicien, il ne maitrisait pas les phénomènes, il ne prévoyait pas les cataclysmes. Horacio laissait faire les choses sans intervenir, sans s’impliquer, quitte à en subir les violents contre coups. Une façon de vivre, ou de survivre, ni complètement clair, ni complètement obscur.

 

Horacio se débattait, le manque s’était manifesté presque instantanément. C’était une sensation quasi physique, douloureuse et débilitante. Il rageait, contre lui-même, contre sa faiblesse, contre son inconsistance.

Horacio était partit avec un air de fatalité inscrit sur le visage.

Il s’inventait une chaine complexe d’explications, de justificatifs, tout en sachant que cela ne servirait à rien. Il était seul et irréductible, ni victime, ni bourreau. Juste pas à sa place, un inadapté, celui qui n’a rien compris, rien à rien…

Revenir est fatalement inscrit dans l’esprit de celui qui part. C’est l’idée, ou un mince espoir indispensable à la poursuite de la route, indispensable au cheminement. Horacio se disait aussi qu’il reviendrait, c’était une certitude. « Prends soin de toi baby, je reviens bientôt… », voilà ce qu’il à dit, voilà tout ce qu’il à dit pour sceller le départ, pour le rendre effectif et réel.

 

Maintenant, le train fonçait à haute vitesse, vertigineusement il déchirait la plaine avec un sifflement assourdi. Horacio fonçait lui aussi d’un air presque indifférent, absent et misérable. Le roulis le faisait s’assoupir.

L’obscurité envahissait le wagon par petites couches progressives et, ici et là, on apercevait le soleil à travers les vitres. Un soleil finissant qui déjà s’évanoui à l’horizon et laisse derrière lui une traine d’incendie.

Horacio chassa les pensées tristes comme on secoue un manteau d’angoisse. Le roulis, tel un métronome, une petite musique, une  cadence mécanique et enveloppante, l’assoupissait de plus en plus. Ses pensées divaguaient, libérées. Des rêves légers et joyaux se son invités dans son sommeil. Dans ses rêves, Horacio n’avait plus peur.

Dans ses rêves Horacio allait et venait, le passé, le présent, toute était mélangé, désordonné, mais bizarrement toute était fluide, léger, sans contraintes.

 

Intérieur, la journée, éclairage pâle. C’est une salle de musée. Horacio se tient debout, Horacio se voit debout, dans son rêve comme devant un miroir. Sa position statique, son visage tendu, dénote une concentration extrême comme s’il s’efforçait de résoudre des mystères insondables.

C’était un tableau fascinant, un univers de formes et de couleurs où derrière chaque détail, surgit quelque chose d’autre, un nouveau détail à découvrir. Horacio s’efforçait de donner un sens à ce qu’il observait, d’assembler tous les détails pour aboutir à un ensemble, un résultat. Horacio regretta son manque de consistance  en matière d’art.

Pendant que Horacio observe et décortique, pendant qu’il manipule avec une certaine persévérance toute cette matière abstraite, une figure vient se placer à ses côtes. Il la sent qui respire, qui l’observe. Presque il sent son parfum, mais peut-on sentir les parfums dans les rêves ? Horacio resta immobile, bouger était compliqué, oppressant, le tableau se révéla très  apaisant  et il resta absorbé dans sa contemplation.

 « Avez-vous remarqué le violoniste à l’arrière train de volaille ? »  C’était une voix douce et profonde, un murmure envoutant. Horacio se senti apaisé, cette présence, cette chaleur, cette voix… tout cela lui était familier. Il se plongeât encore plus profondément dans l’univers onirique du tableau, flottant dans volutes bleus et indéfinissables d’un sommeil profond…

 

[...]

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par sortirlesmots
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